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Mesures visant la réduction de l’impact de la grippe en milieu hospitalier :

On nous demande : « Ces mesures que qui nous embêtent, sont-elles vraiment nécessaires? Dans le passé nous n’avions jamais pris de ces mesures et tout allait bien. » C’est une citation. Les mesures que nous proposons visent à réduire le nombre de patients hospitalisés, les jours d’hospitalisations et, en parallèle, les complications et décès chez les patients. Elles sont basées sur l’évidence disponible dans la littérature médicale ou sur les recommandations d’organismes compétents en la matière :

  • Cette année, comme dans l’année 2016 (fig. 1), il s’agit surtout de grippes dues à Influenza A H3N2, en principe bien couvert par le vaccin. La pandémie de 2009 nous avait apporté, contre toute attente, une souche de Influenza A H1N1 particulièrement peu virulente, avec particulièrement peu d’impact sur les hospitalisations et décès. Cette souche a prédominé encore pendant plusieurs saisons, mais cette période plus calme semble être terminée.
  • Vaccination des malades et du personnel : vu que la vaccination prend 2 semaines pour être efficace, elle n’aura plus d’impact. Bref, il est maintenant trop tard pour se vacciner.
  • La grippe est transmise par le contact, surtout des mains (fig. 2 ; Clin Microbiol Infect 2014;20:O58-64.) et les gouttelettes (Chin J., Control of Communicable Disease Manual, 17th edition, 2000). Les mesures qui réduisent la transmission, réduisent les cas
    • Le masque chirurgical prévient la transmission en filtrant ces gouttelettes
    • Déjà le lavage des mains au savon peut diminuer la survenue d’infections respiratoires (Tamie R et al. Trop Med Internat Health 2006; 11 (3), 258-267). Par analogie, la désinfection alcoolique des mains, plus rapide que le lavage des mains et plus efficace contre les virus respiratoires, est proposée.
  • L’isolement gouttelettes des cas de grippe est recommandé par tous les hôpitaux en Suisse, le ECDC et les CDC: ne pas isoler les cas de grippe durant la période contagieuse va augmenter le risque de transmission à l’intérieur de l’hôpital (grippes nosocomiales) et ainsi contribuer à la (sur-)occupation des lits.
  • Les personnes âgées excrètent du virus plus longuement que les personnes en bonne santé (fig. 3 ; J Infect Dis 2009;200:492 500). Les personnes excrétant du virus plus longuement, restent plus longtemps à l’hôpital (fig 3). Le traitement réduit l’excrétion de virus, mais faiblement (fig. 4 ; Lancet Infect Dis 2014;14:109 18)
  • Le traitement de la grippe réduit les hospitalisations (Dobson J,et al. Lancet 2015;385:1729 37). Il réduit les complications et la mortalité chez les patients hospitalisés (Fig 4 et 5; Lancet Respir Med 2014;2:395-404).
  • Beaucoup de malades hospitalisés ont été vaccinés et on est incliné à dire que le vaccin ‘ne sert à rien’ : non, car les patients vaccinés et protégés efficacement ne se présenteront pas à l’hôpital avec une grippe. Par définition, seuls les patients chez lesquels le vaccin n’a pas fait d’effet vont arriver à l’hôpital. Le vaccin est, un fait connu, moins efficace chez les personnes âgées ou les personnes atteintes de maladies chroniques. D'où l'importance de vacciner leur entourage proche, notamment le personnel soignant.

Figure 1: Courbe épidémique des cas de grippe diagnostiqués, hospitalisés durant la saison 2016/17 (Hôpital du Valais et Riviera-Chablais, état du 06.01.2017). L’utilisation de la PCR a peut-être augmenté et contribue éventuellement à l’augmentation de cas. Durant les saisons 2015 et 2017, plus impressionnantes, Influenza A H3N2 a prédominé.

 

Source: sisyph - ICH


Figure 2: survie du virus de la grippe sur la peau (doigt) après exposition expérimentale et sans désinfection : le peut infecter des cellules (reste donc contagieux) pendant 30 minutes, un temps suffisamment long dans un contexte de soins pour être transmis par contact au prochain patient.

 


 

Figure 3 : facteurs qui prolongent l’excrétion virale. L’âge et les comorbidités augmentent la durée d’excrétion virale, le Tamiflu le raccourcit. Les patients avec une longue excrétion virale restent plus longtemps à l’hôpital.

 

 


Figure 4 : Réduction de la contagiosité du virus de la grippe chez des enfants, en fonction du temps et du traitement. L’infectiosité est mesurée par l’inoculation de cultures de cellules. Chez ces enfants, l’infectiosité diminue en fonction du temps et devient faible après 5 jours. Bien que le traitement réduise d’avantage la contagiosité, la différence par rapports aux enfants non traités est faible et le traitement, par exemple, ne peut être utilisé pour raccourcir la durée d'isolement. Il est à noter que chez les personnes âgées ou avec une infection sévère, l’excrétion virale diminue moins rapidement.


Figure 5 : le traitement par Tamiflu réduit les complications chez les patients hospitalisés. La réduction n’est pas spectaculaire, mais, en absence de meilleur traitement, appréciable.